Pirates des Caraibes
Le film commençait pourtant bien. Le menu du DVD,
très bien fait, belles images et musique sublime, puis la scène d’introduction, très réussie à mon goût, plutôt mature par rapport à l’univers du film qui se veut très gamin ; la pendaison
des pirates qui se mettent à chanter dignement devant la mort, menés par un enfant… plutôt classe. Et aussitôt ça se barre en live et on réalise bientôt qu’il n’y a plus rien à sauver de la
noyade.
Résumons les choses : on a un premier volet plutôt réussi, drôle et bien écrit, qui marche très bien. Viens
alors la suite, qui exploite certaines voies ouvertes dans le précédent opus, mais qui déjà sent franchement mauvais : des scènes encore moins crédibles, un scénario loufoque et improbable,
des dialogues pas terribles, un humour quasi-inexistant, des acteurs franchement exaspérants (Keira Knightley et, dans une moindre mesure, Orlando Bloom), une fin qui prouve encore une fois que
les seconds volets d’une trilogie ne servent jamais qu’à préparer le terrain pour la suite, et un Johnny Depp qui tente de sauver le tout par sa prestance inégalable et
inégalée.
Soit.
Mais comme vos meilleurs amis vous ont assuré que celui-ci était mieux (si, si), que votre magasine cinéphile préféré
en a fait une éloge incroyable, que vous voulez connaître le fin mot de l’histoire et ne pas être accusé de critiquer sans savoir de quoi vous parlez, et puis surtout que vous êtes tombé amoureux
de la BO de Hans Zimmer, vous vous décidez enfin à le regarder. Vous voilà donc confortablement installé, vos pop-corn dans les mains et vous appuyez sur « play » pour lancer le
film.
Erreur.
Sur votre étagère, Bob l’éponge vous faisait de l’œil et vous auriez mieux fait de le regarder, avec un peu de chance
vous auriez rit. Enfin, entrons dans le vif du sujet.
Par quoi commencer ? Les répliques à chier, le ridicule de Jack Sparrow, l’histoire sans queue ni tête,
l’insupportable présence d’Elizabeth Swann, les répétitions franchement lourdes ou bien l’humour typiquement Disney ?
Commençons par le plus général : le scénario… -enfin, c’est un grand mot…
L’histoire devient du grand n’importe quoi, et c’est peu dire. Que penser de ces histoires d’autres mondes, de déesses, d’alliances et de trahisons innombrables et impossibles à suivre ?
Dans ce film, il vous est interdit de décrocher une minute. J’ai eu une seconde d’absence, et quand je suis revenue au film, j’étais incapable de comprendre pourquoi y avait un tourbillon dans la
mer, pourquoi ils se battaient, etc., etc. Impossible donc de relever les incohérences qui sont pourtant sûrement nombreuses, puisque les scénaristes nous embobinent habilement dans une histoire
totalement délirante que personne ne saurait vous restituer sans s’embrouiller. Alors ne vous étonnez pas de voir des gens courir d’un côté à l’autre du bateau pour le renverser parce que
paraît-il que up is down et que les rayons verts du soleil blablabla vers un autre monde, ne vous posez pas de question si vos yeux semblent vous montrer une multitude de crabes en train de
pousser un bateau immense sur les sables, ne vous indignez pas de ce qu’une mortelle se révèle être une déesse en grandissant de façon démesurée avant de baragouiner un langage incompréhensible
et enfin, ne vous en faites pas si vous observez des petits Jack se balader dans la chevelure du célèbre pirate.
Sinon au passage il paraît que la pièce accroché à une mèche de cheveux de Jack est une pièce de huit ou de neuf qui
signifie en fait que c’est un des Seigneurs de la Confrérie des Pirates (muhahaaaaaa c’est nouveau, tiens. Au fait je vous ai pas dit ? La deuxième perle rouge dans la première mèche
droite de ses cheveux c’est en fait un cadeau de la tortue des mers qui lui a sauvé la vie quand blablaablaaaa…), que Tia Dalma est la réincarnation de la déesse Calypso qui était en fait l’amante de Davy Jones avant qu’il ne
s’arrache le cœur pour le balader dans un coffret, que celui-ci est devenu on ne sait comment le passeur qui doit amener les mannes dans le royaume des morts et ne peut revenir sur terre qu’un
jour tous les dix ans, que Barbossa revient de ce royaume des morts mais qu’on ne peut absolument rien faire pour le père d’Elizabeth, et que tout ça n’a rien à voir avec le fait que des pirates
aux allures de poissons se rangent du côté de la flotte britannique pour une obscure raison.
Vous en voulez encore ?
Parlons donc de ces répliques à deux balles cinquante… Dans le genre archétypal, ce film bat tous les records. Notons
donc le classique « Le plus dur ce n’est pas d’y aller… mais d’en revenir… » ainsi que l’inévitable « Il faut se battre pour la liberté ! » ou, dans un genre plus
ringard : « Quand allons-nous cesser de nous ignorer ? » (Bouhouhouuuuu…) ou encore Davy Jones, qui malgré son superbe thème (Merci, Hans !) manque cruellement de
prestance et ridiculise ce qu’il en restait après s’être mis en tête de demander à tout bout de champ : « As-tu peur de la mort ? »… et il fallait bien sûr qu’à un moment on à
un autre on lui réponde : «Et toi ? ». Malheureusement, il se trouve que le « on » est en fait Jack. Jack… tss tss…
Johnny a beau faire de son mieux, ici c’est inutile. Entre les moments où son personnage devient sérieux voire
déprimant et ceux où il parle à une multitude de lui (on cherche encore une explication, certains pensent qu’il s’agit de schizophrénie, d’autres du syndrôme de Jeanne d’Arc : sa conscience
le travaille…), ce qui est non seulement répétitif mais franchement lourd et surtout le meilleur moyen de mettre un personnage en avant tout en le discréditant totalement… quelle déception !
Et ce n’est bien sûr pas sur les autres acteurs qu’il faut se reposer, Orlando dieu merci plutôt absent du film, la pseudo mystique du film aux grandes explications qui n’expliquent rien mais ne
servent qu’à débiter les grandes phrases du genre « C’est pire que la mort elle-même, c’est l’antre de Davy Jones ! »- c’est sûr, d’un coup c’est beaucoup plus clair, à part ça, tu
l’as ressuscité comment Barbossa ?-, ou encore Keira (j’ai nommé Sourire Niais), bien trop mise en avant et de façon plus exaspérante que jamais. Après être passé de la princesse en
détresse, l’amoureuse transie, forte juste ce qu’il faut dans le un, à la nunuche allumeuse du deux, la voici en Xena, princesse guerrière et rebelle qui confond son Will avec un Médor
(remarquez, la différence ne saute pas aux yeux, il est vrai) et se voit attribué un rôle bien trop important (heureusement cassée par les répliques de Jack dans ses rares moments de forme), sans
oublier son moment de gloire lorsqu’elle débite son discours « Hissons nos couleurs ! » car la jeune aristocrate est devenue une vraie pirate et il lui arrive même de penser,
hélas. Quel gâchis…
Venons-en à l’humour… -encore un grand mot…
De l’humour lourd, bien Disney, et toujours mal placé. Entre les répliques bidon, la présence de bouffons (le duo de
pirate et le duo de britannique qui d’ailleurs se reconvertissent comme par hasard en pirates à la fin- et oui, on ne tue pas ceux qui sont drôles chez Disney- ainsi que les animaux ; le
singe et le perroquet) dont les drôleries sont quelques peu répétitives (l’œil qui vole à tout bout de champ, les deux gardes qui se disputent au sujet du coffre et en perdent de vue leur raison
d’être –clin d’œil évident mais mal venu à une scène du un. D’ailleurs, c’est plutôt marrant de remarquer comme les anglais sont devenus les grands méchants et les flibustiers sanguinaires les
justes défenseurs d’une grande cause… Disney, quand tu nous tiens) et surtout leur proie privilégiée : les situations « tendues » où l’humour vient dédramatiser ce qui n’a pas à
l’être et donc totalement superflu, bref à chier. Je vous avais bien dit que vous auriez dû regarder Bob l’éponge...
On ne peut même pas se raccrocher à la fin. D’abord, il n’y a même pas de grandiose combat final comme on pourrait s’y
attendre –ou alors il est pas du tout grandiose- et évidemment, on finit sur un petit « Trinquons pirates, yoho ! » de Johnny, petite touche « comique » qui renvoie
encore une fois au premier volet, mais surtout en voyant cette fin, une terreur nous serre la gorge et La question se pose,
terrifiante : « Et s’il y avait une suite ? ». Car oui, figurez-vous, toutes les pistes sont ouvertes dans ce sens et croyez-moi y a du choix : entre l’évolution de
la relation Will/ Elizabeth (et oui, pas facile de vivre le grand amour quand on le croise une fois tous les dix ans), cette fameuse source de jouvence inexplorée, Jack qui court après son bateau
(ça vous dit pas quelque chose ?) et Calypso dont on ne sait pas trop ce qu’elle est devenue, il y a de quoi creuser.
Vous n’aurez donc même pas la certitude confortable que le massacre s’est enfin arrêté…
Bon, maintenant que j’ai bien descendu le film et, avec un peu de chance, pu vous passer l’envie de le voir si vous ne
l’avez pas déjà fait, abordons les quelques points positifs, parce que oui, il y en a quand même. On a déjà parlé de la musique, je n’y reviendrai pas, il n’y a rien à redire. Hans Zimmer s’est
très bien renouvelé et on retrouve le thème excellent de Jack Sparrow ainsi que celui de Davy Jones, tout à fait grandiose tout en se faisant discret. Extraordinaire. Ensuite, visuellement. Je
suis désolée de devoir me rattraper à ça, parce que vu les techniques et les effets dont nous sommes capables aujourd’hui, ce n’est plus un critère, surtout avec un tel budget, mais je dois
avouer que les images sont très belles, les décors supers mais encore mieux que ça ; les prises de vue sont renversantes. Admirez la beauté de cette courte scène (d’autant plus tragique
lorsqu’on sait ce qu’elle précède) où l’on voit le bateau s’avancer dans la nuit étoilé, le ciel se confondant avec la mer, accompagné du thème de Davy Jones… absolument superbe. Une autre dans
le genre : la défaite des anglais. La mort de Beckett, très très classe quand on le voit descendre lentement et dignement au milieu des débris volants dans un magnifique ralenti. Autre plan
de cette scène : la chute d’un britannique au milieu de leur drapeau avant de sombrer dans la mer (plan hélas copié de Pearl Harbor…). Parmi les personnages qui ont su rester classe, je
citerai Beckett, parfait dans son rôle de méchant avec sa gueule, et crédible surtout. La seule phrase à peu près personnelle du film sort d’ailleurs de sa bouche, quand, voyant la défaite leur
tomber dessus il répète les yeux dans le vague « Dites-vous que c’était de bonne guerre… ». Puis il y a Barbossa qui a su rester fidèle à lui-même jusqu’au bout, avec une sacrée
prestance il faut l’admettre, exception faite du moment où Will et Elizabeth le prennent pour un curé et lui demande de les marier… enfin…
A citer aussi, les fausses joies du film. Vous savez, ces moments où vous y croyez encore et où vous vous dites
« Et si cette scène allait sauver le tout ? ». Parmi ces scènes, je pense tout précisément à ce moment où Jack erre dans le sable à côté de son navire dans ce qui semble être un
immense rien du tout blanc plutôt intriguant. A ce moment, il aperçoit une pierre qu’il lance mais la seconde d’après elle retrouve son emplacement initial. Là, on se dit « Waw, c’est
peut-être une interprétation très personnelle et originale des limbes, de l’éternité comme quelque chose d’immuable ou un perpétuel retour aux origines ? ». La seconde d’après on
déchante et on réalise que ces pierres sont des crabes et que cette étendue déserte n’est qu’une île banale dont on repart aussi facilement qu’on y arrive (d’ailleurs, comment on y
arrive ?), ce qui lui ôte tout son intérêt soi-disant mystique ou inquiétant… un endroit pire que la mort… héhé… marrante.
Scène qui précède d’ailleurs la brève participation de David Lynch sur le tournage du film en guest star (aux côtés
d’un Keith Richards complètement stone) et qui a ainsi pu mettre sa patte. Les plus grands cinéphiles travaillent encore sur la signification freudienne de ce passage, on vous tiendra au courant.
Néanmoins ce qui suit est l’un des rares moments de Pirates des Caraïbes comme on l’aimait dans le un, avec un Jack drôle et décalé juste ce qu’il faut. Dommage que ce soit la
seule…
Concluons donc sur cette note plus ou moins positive n’oubliez pas que le plus dur ce n’est pas d’y aller, mais d’en
revenir.…